DOSSIER DU JOUR
Paris 15 avril 1980
Mort de
Jean-Paul Sartre
Philosophie
Sartre est considéré comme le père de l'existentialisme français et sa conférence de 1946, L'existentialisme est un humanisme est un texte clé de ce mouvement philosophique. Toutefois, la pensée de Sartre, en 20 ans, a évolué de manière naturelle et l'on note une distance apparente entre l'existentialisme de L'Être et le Néant (1943) et le marxisme de Critique de la raison dialectique (1960).
L'être en soi et l'être pour soi
« L'homme est ce qu'il n'est pas et n'est pas ce qu'il est »
— Sartre, 'L'Être et le Néant'
« Il n'y a pour une conscience qu'une façon d'exister, c'est d'avoir conscience qu'elle existe »
— Sartre
« En fait, nous sommes une liberté qui choisit mais nous ne choisissons pas d'être libres : nous sommes condamnés à la liberté. »
— Sartre
L'existence précède l'essence
Alors que l'artefact est conçu dans un objectif précis, son essence (l'essence du verre est de contenir un liquide), l'être humain existe sans que soit encore définie sa fonction, son essence. C'est ainsi que, pour Sartre et les existentialistes, « l'existence précède l'essence ».
Liberté et aliénation
Selon Sartre, l'homme est ainsi libre de choisir son essence. Pour lui, contrairement à Hegel, il n'y a pas d'essence déterminée, l'essence est librement choisie par l'existant. L'Homme est absolument libre, il n'est rien d'autre que ce qu'il fait de sa vie, il est un projet. Sartre nomme ce dépassement d'une situation présente par un projet à venir, la transcendance.
L'existentialisme de Sartre s'oppose ainsi au déterminisme qui stipule que l'homme est le jouet de circonstances dont il n'est pas maître. Sartre estime que l'homme choisit parmi les événements de sa vie, les circonstances qu'il décidera déterminantes.
Au nom de la liberté de la conscience, Sartre refuse le concept freudien d'inconscient remplacé par la notion de « mauvaise foi » de la conscience. L'Homme ne serait pas le jouet de son inconscient mais librement choisirait de se laisser nouer par tel ou tel traumatisme. Ainsi, l'inconscient ne saurait amoindrir l'absolue liberté de l'Homme.
Selon Sartre, l'homme est condamné à être libre. L'engagement n'est pas une manière de se rendre indispensable mais responsable. Ne pas s'engager est encore une forme d'engagement.
L'existentialisme de Sartre est athée, c'est-à-dire que, pour lui, Dieu n'existe pas (ou en tout cas « s'il existait cela ne changerait rien »), donc l'homme est seul source de valeur et de moralité ; il est condamné à inventer sa propre morale et libre de la définir. Le critère de la morale ne se trouve pas au niveau des « maximes » (Kant) mais des « actes ». La « mauvaise foi », sur un plan pratique, consiste à dire : « c'est l'intention qui compte ».
Selon Sartre, la seule aliénation à cette liberté de l'homme est la volonté d'autrui. Ainsi fait-il dire à Garcin dans Huis clos « L'Enfer c'est les Autres ».
Marxisme
Sartre présente le marxisme comme « horizon philosophique indépassable de notre temps »[12]. Après avoir observé et analysé l'existence et la liberté de l'homme en tant qu'individu, Sartre s'est interrogé sur l'existence d'une conscience collective et son rapport avec la liberté individuelle. Dans sa Critique de la raison dialectique (1960) Sartre affirme que la liberté de l'homme est aliénée par les sociétés féodales ou capitalistes. Il analyse comment, dans les sociétés aliénées, les libertés individuelles peuvent conduire à un effet opposé à l'intention générale et à l'aliénation de la liberté collective. Il suggère alors d'inverser le processus : le groupe doit pouvoir décider de regrouper les libertés individuelles pour permettre le développement de l'intention générale. Sartre pense que cette sorte d'aliénation de la liberté individuelle doit être librement choisie et s'oppose ainsi à toute forme de totalitarisme.
Œuvres
Romans et nouvelles
La Nausée (1938)
Le Mur (1939) nouvelles (Le mur, La chambre, Érostrate, Intimité, L'enfance d'un chef)
Les chemins de la liberté (1945) :
L'âge de raison
Le sursis
La mort dans l'âme
Œuvres romanesques (1981)
Théâtre
Baronia (1940)
Les Mouches (1943)
Huis clos (1944)
La Putain respectueuse (1946)
Morts sans sépulture (1946)
Les Mains sales (1948)
Le Diable et le Bon Dieu (1951)
Kean (1954)
Nekrassov (1955)
Les Séquestrés d'Altona (1959)
Les Troyennes (1965)
Adaptation TV de Huis clos par Michel Mitrani en 1965.
Mise en scène originale de Huis Clos par Didier van Cauwelaert à Nice en 1977.
Autobiographie, mémoires et correspondance
Les Mots (1964)
Carnets de la drôle de guerre (1983-1995)
Lettres au Castor et à quelques autres, tome I et II (1983)
Essais
Situations I (1947)
Situations II (1948)
Situations III (1949)
Situations IV (1964)
Situations V (1964)
Situations VI (1964)
Situations VII (1965)
Situations VIII (1972)
Situations IX (1972)
Situations X (1976)
Essais politiques
Réflexions sur la question juive (1946)
Entretiens sur la politique (1949)
L'Affaire Henri Martin (1953)
Préface aux Damnés de la Terre de Frantz Fanon (1961)
On a raison de se révolter (1974)
Critique littéraire
La république du Silence (1944)
Baudelaire (1946)
Qu'est-ce que la littérature ? (1948)
Saint Genet, comédien et martyr (1952)
L'Idiot de la famille (1971-1972) sur Flaubert
Un théâtre de situations (1973)
Critiques littéraires
Philosophie
L'imagination (1936)
La Transcendance de l'Ego (1937)
Esquisse d'une théorie des émotions (1938)
L'imaginaire (1940)
L'Être et le Néant « essai d'ontologie phénoménologique » (1943)
L'existentialisme est un humanisme (1945) (ISBN 2070329135)
Conscience et connaissance de soi (1947)
Critique de la raison dialectique I : Théorie des ensembles pratiques précédé de Question de méthode (1960)
Cahiers pour une morale (1983)
Critique de la raison dialectique II : L'intelligibilité de l'histoire (1985)
Vérité et existence (1989)
Scénarios
Les jeux sont faits (1947)
L'Engrenage (1948)
Le Scénario Freud (1984)
Typhus (1943) (écrit durant l'occupation et édité en 2007 par Gallimard)